La faculté des rêves de Sara Stridsberg

Publié le par Chez libouli

La Faculté des rêves

 

Le mot de l'éditeur

 

Sara Stridsberg rouvre le dossier de Valerie Solanas, cette féministe radicale qui tenta d'assassiner Andy Warhol en 1968, juste après avoir écrit le SCUM Manifesto, dans lequel elle prône la destruction du genre masculin. Nous plongeons dans le passé de V. Solanas, avec ses souvenirs obsédants : ses conversations avec sa mère, ambiguë et destructrice, le directeur de l'université de psychologie où elle a été admise, Andy Warhol lui-même et son désir obstiné de l’utiliser pour son art, ou encore la psychiatre qui la suit après sa tentative de meurtre. Et surtout son amour fou pour Cosmo girl… Provocant, poétique, drôle et tragique, un roman envoûtant.

En ouvrant ce livre, le lecteur arrache d’un coup sec la peau même du roman. Il contemple malgré lui le spectacle sidérant des muscles et du squelette d’un texte à vif, d’un texte vivant. La Faculté des rêves est un écorché littéraire. Nils C. Ahl, Le Monde.

 

Mon grain de sel

 

Un ovni. Sur la forme car on y trouve tour à tour : documentaire, texte, dialogue...Il ne faut pas le prendre comme une biographie sur personnage de Valérie que je ne connaissais pas avant de m'intéresser à ce livre. C'est fort, ça prend aux tripes, c'est sombre... Un couple mère/fille où on ne sait pas toujours qui est la mère, qui est la fille. Du glauque, un père incestueux, des hommes bas... Un livre qui ne laisse pas de marbre.Très spécial.

 

 

 

Vous y lirez

 

De la lumière électrique dans le désert. Dorothy sur la véranda avec de l'eau oxygénée dans les cheveux, la papier d'alu qui capture le soleil et libère des flashes lumineux, un magazine féminin à la main, des pages brillantes, des rêves éveillés. Tu déambules sous les arbres avec tes pensées gratte-ciel. Il y a les grands arbres américains, il y a entre les troncs des ombres aveugles et sanguilonantes, il y a dans ton souvenir les cheveux blonds de Louis qui tombent et retombent sur tes mains, la lumière du soleil, les vapeurs d'essence, cette sensation de gaz carbonique dans tes bras.Tu rêves d'une machine à écrire, que Dorothy t'offre enfin une machine à écrire, tu rêves que vous vous sauvez d'ici, que vous déguerpissez du désert, de cette vie merdique à Ventor. Tes mains font des envolées et des étincelles sur les touches e la machine, sur l'autoroute qui s'enfuit d'ici.

 

Dorothy rêve d'être femme au foyer sauf qu'elle n'a plus personne auprès de qui être femme au foyer. Elle femmeaufoyérise plusieurs jours d'affilé auprès de n'importe qui du moment qu'il fasse l'affaire. Elle se marie le corps imbibé d'alcool puis, les pieds pris dans la colle, doit batailler avec le maire pour faire valider les divorces. Ce sont ces longues, ces très longues années quarante, d'abord les années de guerre avec les femmes dans les usines, ensuite l'horrible et l'irréel avec les courbes impeccables et les boucles formidables et les robes de petite fille qui tombent pile au niveau des genoux. Papa a raison dans le téléviseur de chez tout le monde, les projets d'après-guerre, le bonheur d'après-guerre. Dorothy pivote sur des fauteuils de bar, tire sur des cigarettes au goût de paix, mystifilosophe sur le mode impétieux et opiniâtre qui est le sien.

 

 

A noter que l'écrivaine sort un livre en mai 2011 Darling River ; vous savez déjà que je l'ai inscrit sur ma liste.

 

 

 

Voir aussi : Purge - PRIX FEMINA ETRANGER 2010

 

 

 

 

Pour aller plus loin

 

Le SCUM Manifesto :

http://fr.wikipedia.org/wiki/SCUM_Manifesto

 

 

 

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